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Vosges - Avec "Le Rouet de Jeanne" Gilles Laporte signe un nouveau chef-d'oeuvre

Dernière mise à jour : 28 sept.

Il suffit parfois d’un objet pour ranimer la mémoire d’un peuple. Dans ce roman, ce n’est pas une épée ni une bannière qui cristallise l’héritage de Jeanne d’Arc, mais un simple rouet, fragile mais tenace, comme la fibre de lin qu’il était destiné à filer. Gilles Laporte a choisi ce symbole inattendu pour bâtir une fresque où l’intime et le collectif se mêlent, et où le souffle de l’Histoire traverse les destinées ordinaires.


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La quête d'un patrimoine égaré, une légende, l'amour et le roman nait...

Au cœur des Vosges, la famille Mangeon garde précieusement ce rouet qu’on dit avoir appartenu à la Pucelle. Après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Moselle, l’objet prend une force quasi mystique : il n’est plus seulement une relique domestique, mais un signe de résistance, une braise allumée au creux d’une époque glacée par l’occupation. Quand le rouet disparaît, c’est tout un monde qui vacille. Hermance, l’héroïne, refuse l’oubli. De son dessin d’enfant assez précis et de la main de celui qui deviendra son mari sculpteur, elle redonne corps à l’objet disparu, dans un geste à la fois artisanal et sacré.

À travers cette quête, Gilles Laporte fait résonner plusieurs thèmes chers à son œuvre : la transmission des savoir-faire, la place essentielle des femmes dans la survie de la mémoire, et l’ancrage charnel dans une terre. Hermance, par son obstination, incarne l’esprit de Jeanne, cette force de résistance tranquille et obstinée. Son frère Germain, blessé par la guerre et exilé jusqu’au Tarn, porte quant à lui les cicatrices d’un siècle tourmenté. Le bois des Vosges et le verre d’Albi se répondent alors comme deux matières fraternelles, témoins d’un même combat pour la dignité.

Le roman ne se contente pas d’une intrigue familiale. Il nous entraîne dans les ateliers de Liffol-le-Grand, où les ébénistes façonnent le bois avec une précision qui touche au sublime, et jusque dans les verreries où le cristal s’embrase. Chaque métier d’art devient ici un langage, chaque outil une mémoire. La construction de la basilique du Bois-Chenu, décrite avec une précision quasi documentaire, ajoute une dimension patrimoniale à ce récit qui oscille sans cesse entre roman et chronique.


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La femme sublimée par les mots de l'auteur

Mais la véritable richesse du livre réside dans sa dimension humaine. Derrière l’histoire d’un rouet disparu, c’est l’épopée des humbles qui s’écrit : les femmes qui portent les lignées, les ouvriers brisés par la guerre, les artisans qui transmettent leur regard sur la matière. À travers eux, Gilles Laporte rend hommage à ces résistances du quotidien, discrètes mais essentielles, qui prolongent l’héritage de Jeanne au-delà des batailles et des statues.

Avec une écriture limpide, sensible et fluide, l'auteur a livré une œuvre à la fois enracinée et universelle. Le Rouet de Jeanne n’est pas seulement un roman historique : c’est un chant pour la mémoire, un poème en prose dédié à la Lorraine et à ses enfants, mais aussi à tous ceux qui savent que la fidélité se tisse dans les gestes, les outils et les objets transmis.

Un livre qui captive autant qu’il émeut, et qui, sous la légèreté d’un fil de lin, nous rappelle que l’Histoire se brode autant avec des mains anonymes qu’avec des héros. Le tout servi par l'écriture fluide et addictive d'un excellent Gilles Laporte.

Merci aux Éditions PRESSES DE LA CITE, pour l'envoi de ce livre en service de presse non rémunéré.

« LE ROUET DE JEANNE » de Gilles LAPORTE aux  PRESSES DE LA CITE -  TERRES DE FRANCE  - 448 pages – 23 euros.

Rédaction : Alain Reynders

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