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Michel Jonasz et Jean-Yves d’Angelo ont  caressé les rives du lac par le blues et la poésie

il y a 29 minutes
8 min de lecture

Près de 700 spectateurs et deux artistes dont la complicité semble défier les années se sont retrouvés à Gérardmer à l'initiative de Cocktail FM. Les musiciens Michel Jonasz et Jean-Yves d’Angelo ont offert, ce samedi soir, une magnifique parenthèse musicale où le piano s'est fait confident d'une voix toujours aussi généreuse. Entre jazz, blues, souvenirs et éclats de rire, le temps a suspendu son vol, laissant la musique écrire quelques nouvelles pages d'émotion.



Une soirée bercée de notes de jazz et de blues

Il est des rencontres artistiques qui traversent les années sans jamais perdre leur éclat. Celle de Michel Jonasz et de Jean-Yves d'Angelo appartient incontestablement à cette catégorie. Quinze ans après les premiers pas de leur aventure en piano-voix, les deux complices poursuivent leur chemin avec une cinquième saison qui semble avoir conservé toute la fraîcheur des premiers instants.

Ce samedi soir, devant près de 700 spectateurs réunis dans une salle conquise, les deux artistes ont fait une entrée aussi simple que symbolique. Main dans la main, ils ont rejoint la scène comme deux vieux amis heureux de se retrouver, avec cette tendresse et cette connivence qui allaient accompagner toute la soirée.



D'un côté, Michel Jonasz, bientôt octogénaire, silhouette familière de la chanson française, avec sa voix chaude, ses inflexions si particulières et son sourire malicieux. De l'autre, Jean-Yves d'Angelo, 67 ans, pianiste virtuose dont les doigts semblent connaître par cœur les chemins qui conduisent à l'émotion.

Il n'aura fallu que quelques notes pour que la magie opère.

Une voix qui n'a rien perdu de son âme

À 79 ans, Michel Jonasz n'a décidément rien d'un artiste venu simplement feuilleter l'album de ses souvenirs. Sa voix possède toujours cette profondeur, cette puissance et ce grain si reconnaissable qui ont accompagné plusieurs générations.

Pendant près de deux heures, le chanteur a revisité une partie de son immense répertoire, sans jamais donner l'impression de se répéter. Chez Michel Jonasz, une chanson n'est jamais tout à fait la même. Elle évolue, respire différemment, se laisse apprivoiser par l'instant et par les émotions du public.



Super Nana, Dites-moi, Je voulais te dire que je t'attends, Du blues, du blues, du blues, Joueurs de blues, Les Fourmis rouges ou encore La Boîte de jazz ont retrouvé leur place dans le cœur des spectateurs.

Certains titres ont réveillé des souvenirs enfouis, d'autres ont donné envie de battre la mesure, de fredonner ou simplement de fermer les yeux pour mieux savourer l'instant.

Et lorsque les accents du blues ont pris possession de la salle, Michel Jonasz a rappelé, avec une énergie étonnante, combien cette musique demeure profondément ancrée dans son âme. Il a puisé dans ses ressources vocales avec une aisance remarquable, offrant des interprétations habitées, généreuses, parfois presque viscérales.

L'âge a semblé n'avoir aucune prise sur cette voix capable de passer d'un murmure tendre à une envolée pleine de puissance.



L'humour et la tendresse entre deux chansons

Mais Michel Jonasz ne s'est pas contenté de chanter. Il a parlé, raconté, plaisanté, multipliant les confidences et les calembours avec cette élégance naturelle qui le caractérise.

Il a joué avec les mots comme il joue avec les notes, faisant rire une salle visiblement heureuse de partager ces instants de proximité.

Le chanteur a notamment évoqué quelques souvenirs d'une époque que les moins de vingt ans (voire 60 ans) ne peuvent pas connaître, celle où Édith Piaf se produisait encore sur scène et où René Coty occupait l'Élysée.

Une manière amusée de rappeler que les années passent, certes, mais qu'elles n'emportent ni la passion, ni l'envie de transmettre, ni cette merveilleuse capacité à s'émerveiller encore.

Avec beaucoup de finesse, Michel Jonasz a également invité les spectateurs à chanter avec lui, transformant par moments le concert en une immense réunion de famille. Super Nana et Dites-moi ou du blues du blues du blues  ont ainsi pris une saveur particulière, portés par des centaines de voix venues rejoindre celle du chanteur.

Dans cette communion, il n'y avait plus véritablement de scène ni de salle. Seulement des émotions partagées.

Jean-Yves d'Angelo, l'orfèvre des touches blanches et noires

À ses côtés, Jean-Yves d'Angelo a été bien davantage qu'un accompagnateur. Il a constitué l'autre moitié de ce dialogue musical, celui qui répond à une respiration par quelques notes, souligne une intention, prolonge un silence ou donne soudain au blues des couleurs inattendues.

Son jeu, tout en nuances, a mêlé délicatesse, virtuosité et liberté. Tantôt discret, tantôt flamboyant, le pianiste a su donner à chaque chanson une nouvelle dimension.

Michel Jonasz lui a d'ailleurs laissé toute la place qu'il méritait, permettant au public de mesurer l'étendue de son talent.



Car Jean-Yves d'Angelo possède lui aussi un parcours impressionnant. Au fil des décennies, il a mis son art au service de grandes figures de la chanson française, parmi lesquelles Eddy Mitchell, Liane Foly, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, France Gall, Alain Chamfort, Julie Zenatti ou encore Natasha St-Pier.

Musicien, compositeur et arrangeur, il appartient à cette famille d'artistes dont le nom n'est pas toujours connu du grand public, mais dont le talent a contribué à façonner l'univers musical de nombreuses vedettes.

Son parcours a également été salué et primé aux Victoires de la musique, notamment à travers des albums auxquels il a participé.

Sur scène, sa virtuosité ne s'est jamais transformée en démonstration gratuite. Chaque envolée a révélé une raison d'être, chaque silence une signification. Et lorsque ses mains ont couru sur le clavier, c'était tout un univers de jazz, de blues et de poésie qui a pris vie.

Michel Jonasz, une vie entière consacrée à la musique et aux émotions

Pour comprendre ce qui fait aujourd'hui encore la singularité de Michel Jonasz, il faut remonter le fil d'une carrière commencée il y a près de soixante ans.

Né le 21 janvier 1947 à Drancy, en région parisienne, dans une famille d'origine hongroise, le jeune Michel a très tôt manifesté une sensibilité artistique. Attiré par la peinture, le théâtre et la musique, il a finalement choisi de suivre la voie des notes et des mélodies.

Après ses premières expériences au sein de formations musicales, notamment les King Set, il a entrepris une carrière solo à la fin des années 1960. Mais c'est en 1974 que le grand public l'a véritablement découvert grâce à deux chansons devenues incontournables : Dites-moi et Super Nana.

L'année suivante, Les Vacances au bord de la mer a révélé une autre facette de son talent : celle d'un poète capable de raconter les petites choses de l'existence, les bonheurs modestes, les souvenirs d'enfance et les blessures discrètes avec une sensibilité bouleversante.



Au fil des années, Michel Jonasz a construit un univers musical profondément personnel, à la croisée de la chanson française, du jazz, du blues, de la soul et du rhythm and blues. Une musique nourrie notamment de son admiration pour Ray Charles, dont l'influence a durablement marqué son parcours.

Les succès se sont ensuite succédé. Je voulais te dire que je t'attends, J'veux pas qu'tu t'en ailles, Lucille, Joueurs de blues ou encore Les Fourmis rouges ont installé durablement son nom parmi les grandes figures de la chanson française.

En 1985, l'album Unis vers l'uni, porté par l'irrésistible La Boîte de jazz, a marqué l'une des grandes consécrations de sa carrière. Lors de la première cérémonie des Victoires de la musique, Michel Jonasz a notamment été récompensé comme interprète masculin de l'année, tandis que La Boîte de jazz remportait le prix de la chanson de l'année. La réalisation de l'album a également été distinguée, consacrant le travail de ses musiciens, parmi lesquels figurait déjà Jean-Yves d'Angelo.

Deux ans plus tard, il a donné naissance à un spectacle particulièrement ambitieux, La Fabuleuse Histoire de Mister Swing, confirmant son goût pour les créations scéniques originales.



Mais Michel Jonasz n'a jamais limité son talent à la chanson. Il a également mené une carrière de comédien au cinéma, à la télévision et au théâtre. On l'a notamment retrouvé dans Qu'est-ce qui fait courir David ? d'Élie Chouraqui, puis dans plusieurs autres productions qui ont révélé une nouvelle dimension de sa personnalité artistique.

Au cours des décennies suivantes, il a continué à enregistrer, à composer et à se produire sur scène, refusant de se laisser enfermer dans la nostalgie de ses premiers succès. Son album Chanter le blues, paru en 2023, a encore témoigné de cet attachement profond à une musique qui semble couler dans ses veines depuis toujours.

Michel Jonasz appartient ainsi à cette génération d'artistes qui n'ont jamais eu besoin de suivre les modes pour traverser les époques. Son secret tient peut-être dans cette manière si particulière de raconter la vie, avec ses joies, ses chagrins, ses rêves et ses désillusions, sans jamais perdre cette petite étincelle d'humanité qui rend ses chansons universelles.

Quinze années de complicité et toujours le même bonheur de jouer

Le spectacle piano-voix présenté hier par Michel Jonasz et Jean-Yves d'Angelo n'est donc pas une simple succession de chansons revisitées.

Il est l'aboutissement d'une longue histoire d'amitié et d'admiration réciproque.

Après plus de 300 représentations au cours de quatre précédentes saisons, les deux artistes ont choisi de prolonger cette aventure musicale en lui offrant un cinquième chapitre.

Le principe demeure volontairement dépouillé : un piano, une voix et deux sensibilités qui se répondent.



Mais cette simplicité apparente exige une écoute permanente. La moindre nuance vocale peut entraîner une variation du jeu pianistique, tandis qu'un accord inattendu peut conduire le chanteur à emprunter un autre chemin.

C'est précisément cette liberté qui fait la richesse de leur rencontre. Les chansons se réinventent, les arrangements évoluent et les émotions naissent parfois là où personne ne les attendait.

Une formule qui a traversé quinze années sans perdre son pouvoir de séduction.

Un musicien aux multiples facettes

Michel Jonasz ne s'est pas contenté de donner de la voix. Au fil du spectacle, il a également révélé toute l'étendue de sa sensibilité musicale, passant du chant aux claviers avant de s'emparer d'un mélodica, ce petit instrument à vent dont les sonorités singulières semblent se situer à mi-chemin entre l'harmonica et l'accordéon.



Avec une aisance presque enfantine, il s'est amusé à faire naître quelques mélodies de cet instrument, ajoutant une couleur particulière à un spectacle déjà riche en nuances. Une manière de rappeler que, derrière l'interprète des grandes chansons populaires, se cache toujours un musicien curieux, joueur et profondément amoureux des sons.




Quand les dernières notes se perdent au-dessus du lac…

Au cours de la soirée, Michel Jonasz a également rappelé qu'il n'était pas seulement cet interprète exceptionnel, mais aussi un musicien à part entière. Il a pris plaisir à retrouver les claviers, apportant à certaines chansons des couleurs nouvelles et une énergie communicative.

Face à lui, Jean-Yves d'Angelo a  anticipé ses moindres intentions. Un regard, un sourire, un geste suffisant pour que les deux artistes se comprennent.

Cette complicité a constitué l'un des plus beaux fils conducteurs du spectacle.

Et puis, il y a eu cette salle, attentive aux moindres paroles, prête à rire d'une plaisanterie ou à reprendre un refrain que les années n'ont jamais effacé.



Les spectateurs, réunis autour de deux artistes qui n'avaient besoin ni d'artifices spectaculaires ni de débauche de moyens techniques pour faire naître l'émotion, ont marqué leur plaisir en applaudissant à tout rompre. Talent. Sincérité. Générosité . Trois mots que 'on n'attribue qu' aux grands artistes.

Lorsque les dernières notes se sont envolées, elles ont semblé vouloir poursuivre leur chemin au-delà des murs de la salle, jusqu'à la surface du lac, comme pour y déposer en écho quelques fragments de blues et de jazz.

Il est des concerts que l'on applaudit, d'autres dont on garde le souvenir. Celui de Michel Jonasz et de Jean-Yves d'Angelo appartient assurément aux deux catégories et a reçu une standing ovation des Vosgiens.

Au-delà des chansons, c'est une certaine idée du bonheur qui s'est invitée sur scène ce samedi : celle de deux hommes qui, malgré les années, continuent à jouer ensemble avec la même passion, le même plaisir et cette merveilleuse insouciance que seule la musique semble pouvoir préserver.



À 79 ans, Michel Jonasz a rappelé que la jeunesse ne se mesure pas seulement au nombre des années, mais aussi à cette faculté de s'émerveiller, de transmettre et de faire vibrer les

autres, tandis que Jean-Yves d'Angelo, son fidèle complice, a démontré qu'un piano pouvait parfois raconter autant d'histoires que les plus belles paroles.

Que du bonheur ! Merci les artistes….

Rédaction et photos : Alain Reynders



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