Gérardmer – "Welcome Home Baby", ou l’angoisse de l’héritage comme premier film en compétition
- actuvosges88
- il y a 3 minutes
- 3 min de lecture
La compétition officielle a pris une légère avance cette année à Gérardmer, profitant d’une journée supplémentaire pour lancer les hostilités. C’est Welcome Home Baby, le nouveau film d’Andreas Prochaska, qui a eu la charge d’ouvrir le bal, présenté en présence de son réalisateur. Une entrée en matière déroutante, annoncée d’emblée par Prochaska lui-même, qui a prévenu le public avec une ironie sombre : « Si vous cherchez à comprendre ? Un conseil, oubliez ! »

Un déroulé qui subjugue, interroge d(s les premières minutes
Le film suit Judith, urgentiste à Berlin, interprétée avec intensité par Julia Franz Richter. Accaparée par son travail et émotionnellement distante de son mari Ryan (Reinout Scholten van Aschat), elle mène une existence mécanique, rythmée par les urgences médicales et des nuits partagées sans véritable échange. Lorsqu’elle apprend qu’elle hérite d’une maison en Autriche, laissée par une famille qui l’a abandonnée enfant, elle accepte d’y retourner. Ce qui devait être une tentative de réconciliation avec son passé se transforme rapidement en une plongée suffocante dans une mémoire hostile.

Dès son arrivée, le malaise s’installe. Les habitants du village affichent une politesse rigide, presque clinique, tandis qu’un événement tragique lié à sa mère biologique jette une ombre persistante sur les lieux. Parmi ces figures troubles, la tante Paula, incarnée par une Gerti Drassl glaçante de retenue, s’impose comme un point d’ancrage aussi fascinant qu’inquiétant.


Chaque sourire, chaque silence semble chargé d’une intention dissimulée.
Prochaska construit son récit autour de l’idée d’un héritage imposé, presque organique. La maison elle-même devient un personnage à part entière, espace clos chargé d’une mémoire qui ne demande qu’à se réactiver. Le couple, isolé dans cette campagne autrichienne, comprend peu à peu que sa présence n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un processus ancien, soigneusement entretenu.
L'évocation de thèmes forts
Visuellement, le film joue sur des oppositions marquées. Le rouge du sang, omniprésent, se heurte aux bleus froids de l’eau et de la nuit, traduisant l’état mental fragmenté de Judith. Les immersions aquatiques, répétées, prennent une dimension presque rituelle, comme si le corps cherchait à se libérer d’une emprise invisible. La mise en scène privilégie le cadre, les textures, les silences, au détriment d’un scénario volontairement épuré.
Cette approche sensorielle, parfois proche de l’abstraction, peut désarçonner. Le récit avance par touches successives, visions et ellipses, notamment autour de la grossesse de Judith, que le personnage semble progressivement ne plus maîtriser. La perte de repères est assumée, mais finit par devenir circulaire, le film refusant de clarifier les règles de son propre univers.

Welcome Home Baby aborde de front des thèmes lourds : la maternité subie, le contrôle du corps féminin, la pression communautaire et la transmission forcée. À vouloir embrasser trop de pistes à la fois, le film laisse parfois une impression d’indécision, comme s’il hésitait à choisir entre chronique psychologique, fable horrifique et commentaire social.


Il n’en demeure pas moins une proposition singulière, portée par une atmosphère soignée, une interprétation habitée et plusieurs séquences d’une puissance indéniable. Sans renouveler entièrement les codes du genre, le film s’impose comme une œuvre exigeante, plus suggestive que démonstrative, qui trouve sa force dans l’inconfort qu’elle installe durablement. Une expérience qui ne plaira pas à tous, mais qui confirme la place de Welcome Home Baby parmi les curiosités les plus troublantes de cette compétition.

Le réalisateur Andreas Prochaska


Réalisation : Andreas Prochaska
Interprètes : Julia Franz Richter, Reinout Scholten van Aschat, Gerti Drassl, Maria Hofstätter, Gerhard Liebmann
Scénario : Daniela Baumgärtl, Constantin Lieb, Andreas Prochaska
Musique : Karwan Marouf
Sound design : Nina Slatosch, Johannes Konecny
Production : Tommy Pridnig, Ulf Israel
Société de production : Lotus Filmproduktion, Senator Film Produktion
Pays de production : Autriche, Allemagne
Genre : « Épouvante-horreur », Thriller
Durée : 1h55
Rédaction de l'article : Alain Reynders
Photos : Alain Reynders et capture d'écran de "Welcome Home Baby", Camille Fermon et Olivier Vigerie





Commentaires