top of page

Vosges - Lorsque le verre apprivoise les blessures au travers de "Les amants de la lumière" de Gilles Laporte

il y a 8 heures
6 min de lecture

Il est des romans que l’on referme en ayant simplement tourné une dernière page. Et puis il y a ceux qui continuent leur chemin en nous, comme une lumière que l’on aurait laissée entrer par une fenêtre entrouverte. Les Amants de la lumière de Gilles Laporte appartient résolument à cette seconde famille.


Son résumé :

"Des années 1960 à 2025, les destins croisés de Chiara et Lucien unis par la même passion artistique, l'histoire d'un amour libre et sacré, une ode au patrimoine lorrain et à l'art du vitrail français.

Août 1963. Elle, à la beauté solaire, et lui, aux yeux azur, se sont connus à la cristallerie de Baccarat. Chiara, enfant d'immigrés italiens, et Lucien, fils de verrier mort en déportation, ont pour horizon une ville en pleine renaissance après les bombardements de 1944. Tous deux vibrent pour le travail du verre devenu passion d'alchimiste. Même s'ils partagent souvenirs et projets, Chiara a toujours esquivé la proposition de Lucien de l'épouser. Elle affirme sa volonté de vivre libre. Chacun tracera donc sa route faite d'apprentissages, de rencontres, d'expériences. C'est à Vézelay pour l'un, à Troyes pour l'autre, qu'ils auront la révélation de la Lumière par la magie du vitrail. Grâce à elle, ils se retrouvent. Enfin s'aimer... mais pour combien de temps ? Des Vosges à Carthage, de Reims à Notre-Dame de Paris et autres lieux mythiques, un magnifique roman sur la transmission et un bel hommage aux femmes".


Un ouvrage où l'on ressent l'implication ténue de l'auteur

Ce roman plaira, sans nul doute, parce qu’il ne se contente pas de raconter une histoire : il donne à voir, à sentir, presque à toucher un monde. Un monde où les hommes et les femmes portent leurs fêlures comme le verre porte parfois les traces du feu, mais où rien n’est jamais tout à fait perdu. Il suffit d’un geste, d’une rencontre, d’un peu de chaleur… et la matière peut changer de destin.

C’est peut-être là que réside toute la beauté de ce livre.

Quand la matière devient langage

Gilles Laporte entraîne ses lecteurs dans l’univers fascinant de la verrerie avec cette précision qui donne au savoir-faire artisanal une dimension presque charnelle. Sous sa plume, le verre n’est plus une matière inerte. Il devient vivant.

Il y a le feu qui dévore et transforme, le souffle qui donne naissance aux formes, les couleurs qui se mêlent, les gestes patients de celles et ceux qui savent que la beauté ne supporte ni la précipitation ni l’à-peu-près.

On imagine les ateliers, la chaleur, les outils, les mains au travail. On entend presque le silence concentré qui précède le geste décisif. Le choix narratif de l’auteur est d’une telle générosité que le lecteur pourrait penser écouter, lire, un récit de guide ou d’ un historien. Ce style plaira aux amoureux des grands espaces et de la précision topographique, transformant le récit en un véritable hommage au terroir.

On comprend au fil des pages que le véritable sujet du roman dépasse largement l’art verrier.

Car travailler le verre, c’est accepter de composer avec sa fragilité. C’est savoir qu’un excès de chaleur peut tout compromettre, qu’un geste maladroit peut briser des heures de patience, mais aussi qu’une matière apparemment vulnérable peut, entre des mains expertes, devenir éternelle.

Cette métaphore accompagne merveilleusement le destin des personnages.


Gilles Laporte en dédicace à Rambervillers (Photo Vosges tv)


Des êtres cabossés qui cherchent leur lumière

Chiara et Lucien ne sont pas de ces héros que la vie aurait miraculeusement épargnés. Ils avancent avec leurs blessures, leurs doutes, leurs silences et tout ce que l’existence a déposé en eux.

Leur rencontre ne ressemble pas à ces histoires d’amour polies par les conventions. Elle possède quelque chose de plus instinctif, de plus terrestre, parfois même de rugueux.

Et c’est précisément ce qui la rend crédible.

Gilles Laporte ne cherche pas à idéaliser ses personnages. Il les laisse avec leurs aspérités. Il leur permet de se tromper, de souffrir, de désirer, de résister et surtout de se reconstruire.

Car avant de pouvoir s’aimer, Chiara et Lucien doivent apprendre à se retrouver eux-mêmes.

Leur cheminement donne au roman une profondeur qui dépasse largement la simple intrigue sentimentale. L’amour n’est pas ici une récompense miraculeuse ; il devient une étape dans une lente reconquête de soi.

Comme si, pour parvenir jusqu’à l’autre, il fallait d’abord retrouver le chemin de sa propre lumière.

Une plume qui sait regarder les mains

Ce qui séduit particulièrement, dans ce roman, c’est la place accordée au travail à la manutention

Gilles Laporte sait regarder les mains.

Celles qui façonnent, qui soufflent, qui assemblent, qui sculptent. Celles qui connaissent la fatigue et la patience. Celles qui transmettent un savoir que les livres ne suffisent pas toujours à expliquer.

Chez lui, le métier n'est jamais un simple décor posé derrière les personnages. Il devient une manière de raconter les hommes.

Après avoir exploré d'autres métiers d'art dans ses précédents romans, l'auteur trouve avec le verre une matière particulièrement évocatrice. Rien n'y est définitivement figé. Tout peut être transformé.

Et cette idée traverse le roman avec une belle évidence : nous sommes peut-être, nous aussi, des matières en devenir.

Les blessures ne disparaissent pas forcément. Elles peuvent simplement changer de sens.



Des Vosges qui ne sont jamais très loin

Il y a aussi, bien sûr, cette terre vosgienne à laquelle Gilles Laporte est profondément attaché.

Les paysages ne sont pas là pour faire joli. Ils respirent avec le récit. Les forêts, les vallées, les villages et les horizons familiers composent une géographie affective dans laquelle l'auteur inscrit ses personnages.

On sent chez lui le plaisir de l'arpenteur, celui qui connaît les chemins et les lieux, celui qui sait qu'un territoire ne se résume jamais à une carte.

Un pays, c'est une mémoire et Gilles le sait mieux que quiconque.

Ce sont des odeurs, des silhouettes, des saisons, des voix, des métiers, des histoires transmises à mi-voix.

Et c'est peut-être pour cela que les Vosges occupent une place si particulière dans l'univers de l'écrivain : elles ne sont pas seulement le décor de ses romans, elles en constituent presque la respiration.

Et puis il y a Chiara…

Comment ne pas conserver une affection particulière pour Chiara ?

Elle appartient à cette galerie de femmes que Gilles Laporte aime placer face à leur époque, à ses interdits et à ses carcans. Des femmes qui refusent doucement, parfois douloureusement, de se laisser enfermer dans la place que d'autres ont choisie pour elles.

Mais Chiara n'est pas une héroïne fabriquée pour être exemplaire.

Elle est humaine.

Elle doute. Elle souffre. Elle avance parfois à tâtons.

Et c'est justement dans cette fragilité que réside sa force.

Son parcours donne au roman une résonance très contemporaine, tout en restant profondément inscrit dans son époque. Elle nous rappelle qu'une liberté véritable commence souvent par un geste intime : oser décider de ce que l'on veut devenir.

De Baccarat à Carthage, un souffle plus vaste

Le roman ne reste d'ailleurs pas enfermé dans les Vosges.

De Baccarat à Carthage, Gilles Laporte ouvre les fenêtres. D'autres paysages apparaissent, d'autres cultures, d'autres parfums. La lumière change, mais la quête demeure.

Le verre devient alors un langage universel.

Il traverse les frontières comme il traverse les époques. Il relie les hommes par leur capacité commune à transformer la matière et, à travers elle, à se transformer eux-mêmes.

Cette ouverture donne au récit une ampleur supplémentaire et évite au roman de se laisser enfermer dans un simple récit régional.

Les Vosges en sont l'ancrage.

Mais l'histoire, elle, regarde beaucoup plus loin.

Un roman qui laisse une empreinte

Il y a des livres que l'on apprécie pour leur intrigue, d'autres pour leur écriture, certains pour les personnages qu'ils  donnent envie de retrouver. Les Amants de la lumière réunit un peu de tout cela.

Mais ce que le lecteur en retiendra surtout, c'est une sensation.

Celle d'avoir traversé un univers où la fragilité n'est jamais synonyme de faiblesse.

Le verre peut se briser, bien sûr. Mais il peut aussi être fondu, façonné, coloré, poli, assemblé. Il peut accueillir la lumière et lui donner une autre existence.

N'est-ce pas finalement ce que l'auteur raconte à travers Chiara et Lucien ?

Que nos fêlures ne nous condamnent pas.

Que certaines rencontres arrivent au moment où nous sommes prêts à changer de forme.

Que l'on peut porter longtemps les cicatrices du passé sans renoncer pour autant à l'avenir.

Et qu'il suffit parfois d'une rencontre, d'un métier, d'une passion ou d'un amour pour que la lumière trouve enfin le chemin d'une âme longtemps restée dans l'ombre.

Le lecteur refermera certainement  Les Amants de la lumière avec cette impression rare d'avoir rencontré un roman généreux, humain et traversé par une véritable poésie.

Un livre qui parle du verre, certes. Mais surtout de ceux qui, comme lui, ont été chauffés par la vie, parfois meurtris, parfois fissurés, et qui continuent malgré tout à laisser passer la lumière.

En détail :

Date de parution le 27/08/2026

Éditeur Presses De La Cite   dans la collection Terres de France             

Nombre de pages : 384

Prix : 22 euros


Une très belle découverte. Et un roman qui mérite amplement que l'on s'y attarde.

Une mention particulière pour la magnifique page de couverture de ce roman.

Rédaction : Alain Reynders

Photos : Alain Reynders et Vosges TV .

Remerciements aux Presses de la Cité pour ce SP.

 

Commentaires


Carte de visite 1.jpg

Site d' infos vosgiennes. L'actualité qui vous ressemble avec Actuvosges.fr

bottom of page