Saint-Nabord - Sophie la girafe : derrière l’icône du “made in France”, une production en partie délocalisée qui interroge
- actuvosges88
- il y a 12 minutes
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Symbole incontournable de la petite enfance depuis des décennies, Sophie la girafe traverse aujourd’hui une forte zone de turbulences. L’entreprise Vulli, longtemps associée à une fabrication française revendiquée, a finalement reconnu produire une partie de son jouet emblématique en Chine, tout en affirmant qu’il s’agit d’une situation transitoire. Ces révélations font suite à une enquête du média Mediapart, qui met en cause la communication du groupe et ses pratiques industrielles.

(c) Baby Five
Une production partagée entre la France et la Chine
Interrogé par les médias, le 4 mai, le dirigeant de Vulli, le vosgien Alain Thirion, a admis que certaines étapes de fabrication étaient réalisées en Chine. Selon lui, des “girafes nues”, c’est-à-dire non finalisées, sont produites en Asie avant d’être assemblées, contrôlées et conditionnées en France. Il insiste sur le fait que chaque produit est vérifié individuellement dans l’Hexagone.
Cette organisation serait liée à des difficultés industrielles rencontrées sur le site de Saint-Nabord, où une nouvelle usine peine à atteindre un rythme de production satisfaisant. Ce site, censé moderniser la fabrication grâce à des procédés plus respectueux de l’environnement, notamment l’injection de caoutchouc naturel, n’aurait pas encore tenu ses promesses.
Le dirigeant affirme toutefois viser un retour à une production entièrement française à terme.
Une délocalisation plus ancienne selon l’enquête de Mediapart
Les conclusions de Mediapart dressent, elles, un tableau bien différent. Le média affirme que la fabrication en Chine ne serait ni récente ni marginale, évoquant une sous-traitance massive en Asie remontant au moins à 2013, voire avant… Selon ces informations, la production française serait devenue minoritaire ces dernières années, voire quasi inexistante à certaines périodes.
Des témoignages d’anciens salariés évoqueraient même une usine française fonctionnant essentiellement comme vitrine, avec des lignes de production activées ponctuellement lors de visites extérieures. Des photographies d’ateliers chinois montreraient, de leur côté, une production à grande échelle destinée à alimenter le marché mondial.
Un modèle économique sous tension
Cette organisation industrielle s’explique aussi par des impératifs économiques. Produire en Chine coûterait plusieurs fois moins cher qu’en France, tout en permettant d’augmenter fortement les volumes pour répondre à la demande internationale. Sophie la girafe, créée en 1961, s’est en effet imposée comme un succès mondial, avec des dizaines de millions d’exemplaires vendus dans des dizaines de pays.
Mais cette stratégie pose la question de la cohérence avec le discours marketing de la marque, qui met en avant depuis longtemps un savoir-faire français. Le jouet est vendu à un prix relativement élevé, en partie justifié par cette image de fabrication locale.
Une enquête pour pratique commerciale trompeuse
Face à ces révélations, la DGCCRF a ouvert une enquête. L’enjeu : déterminer si la mention ou la suggestion d’une origine française pourrait constituer une pratique commerciale trompeuse.
En droit, revendiquer à tort une fabrication française peut entraîner des sanctions importantes, pouvant atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Dans le cas de Vulli, cela pourrait représenter plusieurs millions d’euros.
L’entreprise indique être en discussion avec l’administration pour clarifier les critères d’utilisation de l’appellation “made in France”, une notion encadrée mais parfois sujette à interprétation selon les étapes de fabrication réalisées sur le territoire.
Des consommateurs déboussolés
Ces révélations suscitent l’incompréhension de nombreux parents, attachés à l’origine française du produit. Pour certains, cet argument constituait un critère d’achat déterminant, notamment dans un contexte où la traçabilité et les conditions de fabrication sont scrutées de près.
Comment vérifier l’origine de sa Sophie la girafe ?
Il existe toutefois un moyen simple d’identifier l’origine de fabrication du jouet. Un numéro de lot, gravé à l’intérieur d’une patte, permet de remonter à son lieu de production :
Un numéro commençant par 30 indique une fabrication en France
Un numéro débutant par 32 ou 33 correspond à une production en Chine
Entre contraintes industrielles, stratégie internationale et exigences de transparence, l’affaire met en lumière les tensions auxquelles sont confrontées certaines marques emblématiques. Pour Vulli, l’enjeu est désormais double : rétablir la confiance des consommateurs et clarifier un modèle de production devenu difficile à concilier avec son image historique.
Rédaction : Alain Reynders
Photo : Baby Five





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