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Gérardmer – Quand la remise des prix vire à la tribune politique, au Festival international du film fantastique

La cérémonie de clôture du Festival international du film fantastique de Gérardmer devait être un moment de célébration du cinéma de genre. Elle restera pourtant marquée par une séquence polémique, survenue lors de l’annonce du Grand Prix du long métrage, et qui a profondément choqué une partie du public.


L'actrice Nadège Beausson-Diagne durant son discours lors de la remise du Grand Prix

Tout avait bien commencé...

Jusqu’alors, la remise des différents prix s’était déroulée dans une ambiance chaleureuse, fidèle à l’esprit convivial et populaire qui caractérise le festival vosgien. Mais ce climat s’est brutalement fissuré lorsqu’Alice Taglioni, présidente du jury, a donné la parole à l’une des jurées, l’actrice Nadège Beausson-Diagne, au moment de présenter le lauréat du Grand Prix.

Vêtue d’une tenue africaine aux couleurs éclatantes, l’actrice était attendue sur une explication du choix artistique du jury. C’est pourtant un tout autre registre qu’elle a choisi d’investir. Sous le thème général de « Réparer notre monde », Nadège Beausson-Diagne s’est engagée dans un discours aux accents très politisés, reprenant les codes, slogans et formules de l’ultragauche militante.

Un discours aux accents politiques assumés

Le public, pris de court, a assisté à une longue diatribe dénonçant pêle-mêle les médias – avec une attaque à peine voilée contre CNews, accusée de maintenir des « prédateurs sexuels » à l’antenne –, avant une succession de prises de position : messages anti-homophobie, anti-transphobie, anti-racisme, anti-islamisme, multipliant les « anti » sans jamais évoquer l’antisémitisme.

Au fil des minutes, le ton est monté. L’intervention s’est transformée en une véritable transe oratoire, ponctuée d’appels à une « Palestine libre », de soutiens à la République démocratique du Congo et à l’Afghanistan, avant de culminer avec des slogans scandés au micro : « Fuck Trump », « Fuck ICE » (sic), poing levé, geste aussitôt imité par deux autres actrices membres du jury.

La violence de la séquence a provoqué un malaise palpable dans la salle. L’actrice, visiblement éprouvée par sa « prestation », a dû quitter la scène soutenue par un autre juré surnommé « Cascadeur », avant d’être prise en charge en coulisses, ventilée et hydratée, puis de revenir brièvement sur scène.

Si des applaudissements ont pu se faire entendre, l’intervention a surtout suscité stupeur, incompréhension voire colère chez d'autres. Plusieurs spectateurs ont quitté la salle. Une voix a fusé, excédée :« Bon alors, qui a gagné finalement ? » Ce à quoi Alice Taglioni a répondu, hilare :« Ben, Nadège. »

Une réplique qui n’a fait qu’accentuer le malaise.

Dans les rangs du public, les réactions ont été sans équivoque.

« Honteux ce discours. Ce n’était pas le lieu pour ce type de déballage. Il y a des meetings politiques pour cela », lâche Jean-Pierre, venu de Remiremont.

« Avec mon épouse, on a hésité à quitter la salle. On voulait vraiment voir le film, donc on est restés, mais ça a clairement gâché la fête », confie Pascal, de Waismes en Belgique.

Martine, de Cornimont, elle, ne décolère pas : « Non mais pour qui ils se prennent ? Ils sont venus ici pour quoi ? Foutre la zizanie ? Nous, on veut des gens qui connaissent le cinéma fantastique, pas des militants politiques. »

De l’avis de nombre de festivaliers, le septième art n’a rien gagné dans cet épisode. Que des artistes souhaitent afficher leurs convictions politiques, soit!

Mais la question demeure : était-ce le lieu ? Était-ce le moment, lors d’une remise de prix censée célébrer le cinéma et non transformer une scène en tribune militante ?

Après la projection très attendue de Le Retour à Silent Hill, saluée pour ses qualités cinématographiques, les conversations dans les allées du festival ne portaient pourtant plus sur le film… mais bien sur l’incident de la cérémonie.


Un palmarès, partiellement, éclipsé par la polémique

Palmarès #Gérardmer2026

  • Grand Prix (soutenu par la Région Grand Est)

    MOTHER'S BABY – Johanna Moder

  • Prix du Jury

    THE WEED EATERS – Callum Devlin

    CADET – Adilkhan Yerzhanov


  • Prix de la Critique

    CADET – Adilkhan Yerzhanov

  • Prix du Public (soutenu par la Ville de Gérardmer)

    REDUX REDUX – Kevin et Matthew McManus

  • Prix du Jury Jeunes de la Région Grand Est

    DON'T LEAVE THE KIDS ALONE – Emilio Portes

  • Grand Prix du Court Métrage (soutenu par Insomnia)

    EXSANGUINA – Jonas Brisé, avec Capucine Valmary


Partenaire officiel du festival, INSOMNIA, service de streaming de Mediawan dédié au cinéma d’horreur, remet le Grand Prix et accompagnera le film lauréat avec une diffusion exclusive en 2026 sur Canal+, Free, SFR, Prime Video Channels et Molotov.


Un palmarès riche, mais malheureusement relégué au second plan par une séquence qui continuera à alimenter les discussions autour du Festival de Gérardmer.

Rédaction et photos : Alain Reynders

4 commentaires


maudwyler
02 févr.

Monsieur Reynders, j'ai de la peine pour vous, que vous n'ayez pas été invité à la cérémonie de clôture de ce grand festival. Si vous aviez été dans la salle comme 750 vrais cinéphiles merveilleux, vous les auriez vu debout et auriez constaté leur immense adhésion aux propos de Nadège Beausson-Diagne, qui a su très justement relier l'art à la beauté, et à la justice. Tout ce qu'elle a dit est avéré, oui, Morandini est un pedocriminel, oui la parole des enfants victimes de violences est silenciée, comme de nombreux films programmés le racontaient (mais c'est vrai que pour ça il faut être en salle et voir les films, ne pas juste être un troll derrière son écran à raconter…

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reyndersalain
02 févr.
En réponse à

Madame, j'étais dans la salle et même au pied de la scène, donc j'ai relaté ce que j'ai vu et entendu. Effectivement, une minorité de personne a applaudi debout. lls étaient un peu plus à applaudir assis. Où l'ai-je nié? J'ai écrit avec toute la neutralité requise ; "Si des applaudissements ont pu se faire entendre, l’intervention a surtout suscité stupeur, incompréhension voire colère chez d'autres." . J'ai aussi vu et entendu nombre de personnes choquées par cette intervention mal à propos et qui n'ont pas applaudi. Votre collègue n'a pas cité nommément M Morandini, mais l'a suggéré et comme elle, je considère qu'une personne condamnée pour les faits qui lui ont imputé ne devrait plus être à l'antenne. Cependant,…

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juuuuCCCCCCCf
01 févr.

Le titre, ainsi que l'article, est très surprenant. Est-ce un oubli (ce qui serait embêtant pour un média qui couvre un festival de cinéma) ou de la mauvaise foi ? Comme si le cinéma, comme tous les arts, n'était pas intrinsèquement politique. Comme si la sélection des œuvres présentées au festival de Gérardmer ne l'était pas. Comme si le fait de donner un prix d'honneur à une femme, pour la première fois en 33 ans, ne l'était pas. Comme si, comme le disait Aude Hesbert, tourner cette édition autour des femmes (jury, réalisatrices, invitées...), ne l'était pas non plus. Quant aux spectateurs mécontents (alors que la très grande majorité de la salle a soutenu l'intervention de Nadège Beausson-Diagne par ses…

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reyndersalain
02 févr.
En réponse à

Tout est-il politique, selon vous ? J’ai la naïveté de penser que ce n’est pas tout à fait exact. Je crois volontiers que la sélection de films peut s’inscrire dans une sensibilité idéologique : mettre à l’honneur une femme pour la première fois en trente-trois ans, choisir des œuvres qui interrogent le lien maternel, par exemple. Mais ces choix relèvent-ils pour autant d’un positionnement politique au sens strict du terme ? Doivent-ils nécessairement faire écho à des prises de position clairement revendiquées par certains groupes ou partis ?

Dénoncer les violences, la pédophilie, le racisme ou toute autre forme d’oppression : oui, évidemment. Mais reprendre une rhétorique directement issue du champ politique et établir un lien explicite avec celle-ci ?…

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