ELOYES – Le Château Humbel et ses séquoias.

La belle histoire de cette bâtisse d’exception, devenue la marie, trouve son origine au 19e siècle.

Le Château Humbel vers 1880 (Carte postale Dany Beaudot)

Le Château devenu "Mairie" (photo Alain Reynders - juillet 2022)

L'arrière de la Mairie et l'entrée du Parc (Photo Alain Reynders - juillet 2022)


Dans les années 1850, un certain Paul Béguin, alsacien, vient s’installer à Eloyes dans le but de créer une entreprise de tissage dans le quartier de l’Elle. En 1854, il a épousé une jeune romarimontaine, Charlotte Stéphanie Laurent. Ils ont entrepris de faire construire une belle demeure bourgeoise pour y fonder une famille. De leur union, est née Julie Amélie en 1855. Hélas, le brave industriel disparaîtra en 1862 laissant son épouse seule pour élever sa toute jeune fille (7 ans à l’époque) . Plus tard, la veuve a épousé, en seconde noce, le médecin Claude Claudot en 1868. Ce jeune médecin, fils de Capitaine ayant obtenu la légion d’honneur, a d’abord pratiqué son art à Neufchâteau. Il a une fille d’une première union : Joséphine Constance Claudot (née en 1853)

(Claude Claudot, médecin et maire d'Eloyes de 1871 à 1883)


En 1864 il est devenu conseiller général à Coussey avant de se marier et donc de s’installer définitivement à Eloyes. Il s’est vite intégré à la vie vosgienne. Il est devenu maire de la ville en 1871 et le restera jusqu’à son décès en 1883. Entretemps, il est aussi devenu sénateur de la IIIe République. Quant à Charlotte Stéphanie Laurent, rendons-lui les hommages trop souvent, à peine susurrés. Cette dame éprouvée, a eu aussi beaucoup de pugnacité en maintenant l’entreprise de tissage et en la rendant florissante. C’est une travailleuse et femme d’affaires.

Eloyes n'a pu ignorer son côté altruiste, puisqu’elle est à l’origine de la construction des cités ouvrières de la rue des Chênes, mais aussi de l’hospice au centre du village qui depuis est devenu l’EHPAD d’Eloyes.

L'hospice devenu l'EHPAD d'Eloyes (carte postale Dany Beaudot)

L'hospice avant de devenir l'EHPAD (aquarelle réalisée par Etienne Romary, directeur de l'EHPAD d'Eloyes).

La chapelle qu'a fait ériger Charlotte Stéphanie Laurent vers 1860 (Photo Alain Reynders)

L'intérieur de la chapelle (Photo Alain Reynders)


La Chapelle et sa sacristie sont, d’ailleurs, toujours d’origine et construite (à deux pas de la demeure) selon les instructions de Charlotte Stéphanie. De nos jours, l'Abbé Coëme y célèbre toujours des offices. Les années se sont écoulées et la vie a repris son cours… En 1878, Julie Amélie Béguin (elle a gardé le nom de son papa Paul) a décidé de convoler en juste noce le 29 octobre 1878. Elle a 23 ans et a rencontré un sémillant commandant, Lucien Humbel alors que Joséphine Constance, elle, a rencontré le frère de ce dernier le capitaine Victor Humbel (qui deviendra Général en 1900) . Joséphine Constance et Victor se sont mariés le 02 mars 1878, quelques mois avant le couple précédent.


Julie Amélie Béguin représentée dans le tableau "Madame Lucien Humbel" de Honoré Louis Imbrecht

Les frères Humbel :

Tous deux ont eu un parcours militaire exemplaire. Leur, influence sur la vie des loyas de l’époque et des générations suivantes a été indéniable. Lucien Humbel Le jeune militaire a fait Saint-Cyr au 94e de Ligne. Promu lieutenant le 13 avril 1867, il est passé capitaine le 12 septembre 1870 et est affecté au 12e Régiment Provisoire d'Infanterie.

Scène de Sainte-Marie-Aux-Chênes (tableau "Le Messager" d'Alphonse de Neuville exposé au MET à New-york)

Bataille de Saint-Privat ou d'Amanvillers (près de Metz) - Tableau "Cimetière de Saint-Privat" d'Alphonse de Neuville exposée au Musée d'Orsay à Paris)

En 1870, il a participé au combat de Saint-Marie-Aux-Chênes en Moselle. Le 18 août de la même année, à la bataille de Saint-Privat (ou d'Amanvillers) où il officie comme ordonnance du général Colin de Raon l’Étape, il est touché par un éclat d’obus et est fait prisonnier de guerre jusqu’au 09 avril 1871. Dès son retour de captivité, il a rejoint le 42e de ligne. En 1875, il est muté comme capitaine major au 24e Bataillon de Chasseurs à pied. Il y est resté 4 ans avant de donner sa démission et revenir en le « château Humbel ». De retour à la ville civile, il est devenu administrateur de la Caisse d'Épargne et a pris également, tout un temps, la direction d'importants établissements industriels locaux. On lui doit le nom de la place "Commandant Humbel" à Éloyes Victor Humbel

Né en octobre 1846 à Strasbourg , il a eu une carrière militaire complète et s’est glissé dans les meilleures places lors des examens de promotion. Il a eu le commandement de différents postes (28e et puis 9e bataillon des chasseurs à pied) ou encore mis à la tête du 66e régiment d’infanterie sans oublier ses passages dans nombre de bataillons ou autres régiments ainsi que ses déplacements en Algérie. Le 9 février 1900, il est promu général de brigade et le 13 juillet, il reçoit le commandement de la 47e brigade d’infanterie et des subdivisions de Périgueux et Bergerac. Le 13 juillet 1903, il passe au commandement de la 58e brigade d’infanterie et de la subdivision de Digne. Le 24 juin 1906, il est promu général de division. Il était commandeur de la Légion d’honneur, médaille coloniale avec agrafe « Algérie », commandeur de l’Ordre du Nicham Iftikar de Tunisie

Un retour à une vie plus paisible

Les deux couples ont vécu des jours heureux au « Château Humbel » et y ont même reçu la visite du Maréchal Pétain qui, profitant d’un de ses passages à Bains-les-Bains en juillet 1924, est venu à Eloyes, en ami, saluer ses frères d’armes. Entretemps, la belle villa bourgeoise s’est étoffée de décorations d’époque et surtout d’une magnifique propriété ceinte d’un mur en pierre dont il reste encore quelques éléments à ce jour. Le parc, a bénéficié de l’apport de différentes espèces d’arbres dont de magnifiques Séquoias venus, selon la légende locale, d’un autre continent, importés par les explorateurs scientifiques de l’époque. On y a dénombré, également, des Pins Sylvestyre, des Douglas, des hêtres, des tulipiers des sapins pectinés...

Une partie du mur d'enceinte qui entoure toujours une grande partie du Parc (Photo Alain Reynders - juillet 2022)

A l'autre bout du Parc (Photo Alain Reynders octobre 2021)

Le parc en automne (Photo Alain Reynders - octobre 2021)

Le Château en phase de changement de destination

Dans les années trente, le décès de Julie Amélie décédée à l’âge de 78 ans, soit 40 ans plus tard, que son époux Lucien, a conduit à une vente aux enchères de l’ensemble des biens de la famille. Le « château » a été acquis par Gustave Laurent Raulin, un architecte. En 1990, sous l’impulsion de son maire, Claude Thiriet, la ville d’Eloyes acquiert le bel hôtel particulier pour lui donner une nouvelle utilité : devenir le siège administratif de la commune. Depuis, la mairie a investi les lieux et la bastide est devenue ce superbe Hôtel de ville. Le reste du domaine s’est mué, lui, en un parc communal prisé, visité et apprécié. Où règnent les fameux séquoias.

L'arrière de la Mairie avec la salle du Conseil ouverte sur le Parc (Photo Alain Reynders -juillet 2022)

La salle de la convivialité à l'entrée du Parc (Photo Alain Reynders - mai 2022)

Le parc à partir du petit promontoire, avec vue vers la Mairie (Photo Alain Reynders - octobre 2021)

Des Séquoias qui ont défié le temps

Depuis des décennies, non seulement, ces deux géants de type californien ont trôné dans cet espace vert, mais l’un d’eux a même été classifié dans la catégorie prisée des arbres dits « colosses ».


Le premier séquoia "Colosse " qui poursuit sa croissance (Photo Alain Reynders - novembre 2020)

Le second Séquoia dont la croissance est terminée (Photo Alain Reynders - novembre 2020)

N’est pas colosse qui veut :

Ses dimensions prises à 1,30 m à partir du sol (hauteur de référence) sont impressionnantes et ont révélé une mesure 9,83 m de circonférence. Son empiétement, spectaculaire a, lui, affiché un contour de 14,50 m…

Le Colosse veille sur le Parc (Photo Alain Reynders - novembre 2020)


Ses cotes ont placé ce séquoia comme le plus important des Vosges et l’ont fait grimper sur le podium des "arbres colosses" du Grand Est. Devant lui, seuls deux spécimens d’Alsace (Domaine du Wineck à Ottrott et à Lapoutrie) l’ont, provisoirement, devancé. Provisoirement, car le séquoia Loya n’a pas terminé sa croissance. Bien que culminant à 34 mètres, sa forme pointue a démontré aux botanistes, que ce dernier va encore grandir et que, d’ici quelques années, il obtiendra une circonférence de plus de 10 m (à 1,30 m de hauteur) ce qui le rendrait unique.

Le Colosse et son empiètement unique (Photo Alain Reynders - juillet 2022)


Le spécimen a présenté un empiètement assez particulier qui lui confère une largeur impressionnante. Cette déformation est apparemment intervenue au début de sa vie et c’est également grâce à celle-ci que le séquoia loya (en plus, cela rime.) est devenu un "colosse" rare.

Lors des prochaines visites au parc et en mairie, il est certain que les villageois appréhenderont différemment ces lieux emblématiques de leur cité.

Merci à Dany Beaudot pour les cartes postales anciennes

Merci à Étienne Romary directeur de l'EHPAD pour m'avoir permis l'accès à la Chapelle

Alain Reynders

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