Épinal – Interview de Nathan Ambrosioni, invité d’honneur du festival "Épinal fait son cinéma"
- actuvosges88
- 21 mars
- 4 min de lecture
Invité d’honneur de la 3ᵉ édition du festival Épinal fait son cinéma, le réalisateur Nathan Ambrosioni nous a livré les coulisses de son dernier long-métrage.C’est dans le cadre feutré de l’hôtel Mercure, tôt jeudi matin, au lendemain d’une projection de Les enfants vont bien, que la rencontre a eu lieu.Souriant, disponible et volontiers malicieux, le jeune cinéaste a répondu à nos questions avec franchise et humour.

Le contexte du film
Les enfants vont bien, troisième long-métrage de Nathan Ambrosioni, s’inscrit dans une veine féministe nourrie par la question des absences et des silences. Ici, l’absence prend une forme radicale : celle de Suzanne, une mère veuve, incarnée par Juliette Armanet, qui choisit un été de disparaître.
Elle laisse derrière elle une lettre, des clés, et surtout ses deux enfants, Gaspard (Manoâ Varvat) et Margaux (Nina Birman), confiés à sa sœur Jeanne (Camille Cottin), une femme qui n’a jamais souhaité être mère ; au point que ce choix a contribué à son divorce avec Nicole (Monia Chokri), artiste et ancienne compagne.

L’interview :
ActuVosges : Vous voilà de retour dans les Vosges après votre participation comme membre du jury à l’édition 2026 du Festival international du film fantastique de Gérardmer. Content de revenir ?
Nathan Ambrosioni : Carrément ! J’adore les Vosges. C’est magnifique. Et puis j’aime ces occasions de rencontrer le public, les cinéphiles. Ces échanges sont précieux : ils me permettent de voir et de comprendre les réactions pendant les projections.
Vous avez commencé votre carrière à 12 ans avec un film d’horreur intimiste. Pourquoi ce besoin si jeune ? Des démons à combattre ?
La préadolescence, c’est l’âge des découvertes, de la transgression. J’ai aussi été marqué par le film Esther. Dans ce film, une petite fille commet des actes violents, notamment contre une religieuse. À 12 ans, je savais bien que ce n’était pas réel, mais je voulais comprendre comment c’était possible techniquement.
C’est comme ça que j’ai découvert les contre-champs et les astuces de mise en scène. Ça m’a fasciné, et j’ai voulu moi aussi essayer de créer quelque chose qui fasse peur.
Tellement investi que vous avez fabriqué du faux sang ?
Oui ! J’ai beaucoup expérimenté pour trouver la bonne recette… qui est finalement très simple : de la Danette et du colorant. Le rendu est parfait, surtout pour cet effet visqueux très réaliste (rires).
Venons-en au film que vous présentez : Les enfants vont bien. La ressemblance entre Juliette Armanet et Camille Cottin est frappante. Était-ce volontaire ?
Je suis ravi que vous l’ayez remarqué ! Mais ce n’était pas prémédité. Camille est une amie proche. Un jour, elle m’a proposé de l’accompagner à l’Olympia pour voir Juliette Armanet.
Après le concert, on est allés la saluer. Elles se sont enlacées… et là, déclic. J’ai lancé en plaisantant qu’elles feraient de parfaites sœurs au cinéma. Finalement, cette blague est devenue une évidence : j’avais trouvé mes personnages.
Pourquoi ce thème de la reconstruction familiale face à l’absence ? Y a-t-il une part autobiographique ?
Oui… et non. Il y a toujours une part de vécu. Dans mon cas, ma sœur est partie du jour au lendemain sans donner de nouvelles, avant de s’installer en Nouvelle-Zélande sans reprendre contact.
C’était enfoui en moi. Puis, au Festival d’Avignon en 2019, je suis tombé sur un flyer mentionnant “disparition volontaire”. Je n’ai pas vu la pièce, mais ces mots m’ont obsédé.
Je me suis documenté : il y a environ 15 000 disparitions volontaires par an en France (d’autres sources affirment même un chiffre plus élevé). J’ai rencontré des policiers et gendarmes qui m’ont expliqué les limites de leurs interventions, notamment à cause du droit à l’oubli.
Par ailleurs, mon père a vu dans le personnage de Gaspard une ressemblance avec moi enfant. Et c’est vrai que je me suis beaucoup projeté à travers lui.
Les jeunes acteurs sont impressionnants.
Oui, ils apportent énormément au film. Manoâ avait 11 ans, mais paraît plus jeune. C’était sa première expérience. Nina, elle, a 6 ans, comme son personnage, avec une maturité étonnante.
On a vu plus de 500 enfants en casting. Nina, c’était le premier jour : une évidence. J’ai appelé mon producteur immédiatement en disant : “Ce sera elle.”
Pour Manoâ, c’était plus complexe. C’est un petit de la région Auvergne-Rhône-Alpes, pas du tout acteur. Très énergique dans la vie, mais avec une mélancolie dans le regard quand il se pose. C’est ce contraste qui m’a touché.
Comment s’est passé le tournage avec eux ?
Ils adoraient ça ! Ils s’amusaient beaucoup, tout en restant très sérieux quand il le fallait. Le tournage a duré deux mois et demi, ce qui est long à leur âge. Mais ils ont tenu avec une énergie incroyable.
Ils travaillaient trois heures par jour maximum pour respecter la législation. Et ils prenaient du plaisir ; surtout Nina ! Dans une scène, elle doit casser un téléphone… On a dû refaire la prise plusieurs fois : au total, elle a détruit 11 portables avec beaucoup d’enthousiasme, au grand désarroi de sa maman (rires).
Avec eux, on a utilisé la “méthode du perroquet” : ils répétaient ce que je leur disais, et je devais trouver des astuces pour que ça sonne juste.

Lors de sa rencontre avec des étudiants en cinéma de Nancy et d’Épinal
Quand vous avez un projet, quelle est la partie la plus difficile : financement, casting, lieux de tournage ?
Sans hésiter : le financement. Ce n’est pas du tout la partie la plus agréable. On devient un peu marchand de tapis : il faut convaincre, argumenter, parfois céder ou résister. C’est un vrai combat.

Le film se termine sur une fin ouverte. Avez-vous eu des demandes pour une suite ?
Pas vraiment. Mais beaucoup de gens me demandent ce qu’il se passe après. Et c’est le principe d’une fin ouverte : chacun se l’approprie. Tous les éléments sont là pour imaginer la suite.
Interview, rédaction et photos : Alain Reynders





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